Enseignement Chan contemporain

Portrait de IEB
Enseignement Chan contemporain - publié le : lun 01/06/2015 à 20:14

Enseignement et pratique
sur le "Sūtra du Coeur"
du maître chinois Nan Huaijin

Nan-Huaijin-4.jpgNan Huaijin (aussi écrit Nan Huai-chin) fut l’un des maîtres laïcs du Chan (jap. Zen) les plus célèbres et les plus controversés du XXe siècle, en Chine populaire comme à Taiwan. Né en 1918, il s’est éteint à l’âge de 95 ans, le 29 septembre 2012.
Au premier abord, ce personnage peut sembler atypique mais, au fond, il est conforme à l’idéal traditionnel du lettré confucéen : maîtrise à la fois des arts civils et militaires (il a appris dans sa jeunesse plusieurs arts martiaux), éthique confucéenne, engagement politique et social, défense de la culture chinoise traditionnelle... Il possédait en outre une excellente connaissance non seulement du confucianisme, mais aussi du bouddhisme et du taoïsme. Il fréquenta nombre de religieux chinois du monde bouddhique et taoïste et acquit la réputation d’être un des grands maîtres Chan de notre époque.
Catherine Despeux a traduit en français plusieurs de ses très nombreux ouvrages dont, très récemment, son Commentaire sur le "Sūtra du cœur". Il ne s'agit pas ici d’un commentaire doctrinal, mais d’un enseignement pratique adressé à plus d’une centaine de disciples - moines, moniales, laïcs et laïques - en quête de l’éveil et pratiquant le recueillement (dhyāna), exposé en février 1983, à Taiwan, au cours d’une session de sept jours de méditation intensive (jap. sesshin).
Cet enseignement, très original, nous révèle les spécificités du Chan chinois - qui pourra parfois surprendre tous ceux qui sont plus familiers du Zen japonais...
Nous vous proposons de découvrir quelques-uns des enseignements de ce maître trop peu connu des Occidentaux, basés sur le "Sūtra du cœur" et précédés d'une présentation des principales pratiques qu'il avait coutume d'enseigner.


L'enseignement du maître chan Nan Huaijin

extraits de "Le Sūtra du cœur",
traduit du chinois par Catherine Despeux, éd. Les deux Océans, mai 2015
 

Introduction

Les méthodes préférées de Nan Huaijin

Nan-Huaijin-1.jpgLes écrits de Nan Huaijin sont, pour la plupart, la remise au propre par ses disciples d’instructions qu’il dispensa à diverses occasions. Son enseignement était à la fois simple et rigoureux. Ses disciples proches devaient écrire un journal quotidien relatant leurs expériences méditatives ; Nan Huaijin les lisait et y ajoutait au besoin des commentaires : c’est ainsi qu’il guidait ses disciples. Il connaissait certes des méthodes taoïstes, notamment des méthodes de diététique et de jeûne progressif, mais il les enseignait rarement. En réalité, c’était le Chan qui représentait l’essentiel de son enseignement, hormis dans les dernières années de sa vie, où il enseigna plus volontiers des techniques de base du bouddhisme.
Il avait sélectionné un nombre restreint de méthodes. Il insistait beaucoup dans les dernières années de son enseignement sur l’importance des méthodes de base telles que les divers procédés de respiration, dits d’ānāpāna, qui consistent à faire le décompte de la respiration, à se concentrer sur l’allée et venue du souffle, à analyser ses qualités, etc. Elles sont décrites dans les premiers écrits bouddhiques traduits en chinois, plus particulièrement ceux qui ont trait aux techniques dites de dhyāna ou de recueillement, traduits sous les Six Dynasties (lV-Ve siècle).
Parmi ces techniques de dhyāna, Nan Huijin avait choisi d’enseigner une méthode ayant pour thème les impuretés du corps : la « contemplation du squelette » (baigu guan). Celle-ci consiste à visualiser les chairs du gros orteil se putréfiant, puis qu’une goutte lumineuse entre dans les os du gros orteil, dissolvant ainsi les chairs et les os qui se transforment en lumière. Cette visualisation s’étend progressivement à tous les os du squelette dans un ordre précis, jusqu’à ce que tout le corps soit transformé en une lumineuse vacuité. C’est une pratique à laquelle Nan Huaijin fait plusieurs fois allusion dans son commentaire du "Sūtra du cœur".
Au fur et à mesure que ses disciples religieux augmentaient, Nan Huaijin enseigna de plus en plus souvent une méthode de récitation du nom de l’Éveillé, que ce soit le Bouddha [Śākyamuni] ou Amitābha, en combinant cette récitation avec des instructions sur la respiration, la qualité du son et la concentration de l’esprit. S’il avait choisi cette méthode, c’est parce que la récitation du nom d’Amitābha fait partie des pratiques quotidiennes de la liturgie bouddhique moderne dans nombre de monastères.
Enfin, il enseignait une méthode tantrique de méditation sur Cundi (Zhunti), une forme d’Avalokiteśvara à huit bras, qui fut très en vogue en Chine sous les Tang, et dont il aurait reçu la transmission lors d’une vision pendant sa retraite au mont Emei. Celle-ci consiste à visualiser la divinité et ses attributs, à exécuter le geste des mains (mudrā) lui correspondant et à réciter son mantra, puis, une fois la visualisation établie, à dissoudre le tout dans la vacuité. Il fondait aussi son enseignement tantrique sur une traduction chinoise des six méthodes de Naropa (école Kagyüpa), et sur un texte composé d’extraits d’écrits tibétains expliqués par Phags-pa à l’empereur Kubilai (1215, r. 1271-1294) sous les Yuan et traduit en chinois, sous le titre de « Recueil tantrique des principes essentiels du Grand Véhicule » (Dashengyaodao mijî).
Il lui arrivait aussi de choisir un thème spécifique, fondé ou non sur un sūtra, ou de commenter les expériences de ses meilleurs disciples comme exemple pour les autres. Mais pour lui, le Chan restait la plus haute méthode du bouddhisme.

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Le "Sūtra du cœur"

traduction de Catherine Despeux

Alors que l’être d’éveil Qui-contemple-les-choses-telles-quelles (chinois Guan Zizai, sanskrit Avalokiteśvara) s’adonnait à la profonde pratique de la perfection de sapience, il contempla et vit à la lumière de la sapience que les cinq agrégats sont vides. Il s’affranchit ainsi de toutes les souffrances.
Śāriputra, la forme est vacuité, la vacuité est forme : la vacuité n’est autre que la forme, et la forme n’est autre que la vacuité. Il en est de même pour la sensation, la pensée, la volition et la faculté de connaissance.

« Śāriputra, toutes choses ont pour attribut essentiel la vacuité : elles ne sont ni produites, ni détruites, ni souillées ni purifiées, n’augmentent ni ne diminuent. En conséquence, Sāriputra, dans la vacuité il n’y a pas de forme, pas de sensation, pas de représentation, pas de volition ni de faculté de connaissance ; il n’y a pas d’œil, d’oreille, de nez, de langue, de corps, ni de mental ; il n’y a pas de forme, de son, d’odeur, de saveur, de tangible ni d’objet mental ; il n’y a pas de sphère visuelle, et ainsi de suite jusqu’à : il n’y a pas de sphère de la faculté de connaissance.
Il n’y a pas d’ignorance ni de fin à l’ignorance, et ainsi de suite jusqu’à : il n’y a pas de vieillissement et de mort ni de fin du vieillissement et de la mort ; Il n’y a ni souffrance, ni origine de la souffrance, ni fin à la souffrance ni voie menant à l’extinction de la souffrance ; il n’y a ni sapience, ni obtention, ni objet d’obtention. Comme il n’est rien à obtenir, l’être d’éveil, prenant appui sur la perfection de sapience, a l’esprit sans obstruction ; étant sans obstruction, il est libre de toute peur, et se dégage de toutes les distorsions de l’esprit et des pensées illusoires pour accomplir de manière ultime la grande extinction.
Les Eveillés des trois temps ayant pris pour support la perfection de sapience ont obtenu l’éveil parfait, complet et insurpassable. On sait ainsi que la perfection de sapience est un mantra divin, une grande dhāranī, le mantra suprême et inégalable, qui peut chasser toutes les souffrances, qui est réel et non illusoire.
Voici la formule : "Gate gatepāragate pārasamgate bodhi svāhā". »
 

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Enseignements de Nan Huaijin
 

Nan-Huaijin-3.jpegDans cette salle de méditation, vous êtes assis et vous appliquez votre esprit, ce que, sous l’influence des conceptions du bouddhisme japonais, vous appelez à Taiwan, en dialecte Minnan, « l’assise en dhyāna » (zuochari) et que l’on appelle plus communément « l’assise dans la quiétude » (jingzuo). Lorsqu’une salle de méditation est emplie de personnes pratiquant l’assise dans la quiétude, quelle méthode doivent-elles au fond appliquer ? Celle du dhyāna et de l’absorption méditative (chanding). Rester assis sans aucune pratique, inerte comme un bout de bois, ne rime à rien. Ceux qui restent stupidement assis, avides de confort, attachés à l’idée de calme et désireux de fuir la réalité, commettent une grave erreur. Pour éviter cela, je vais vous enseigner une méthode fondée sur le chapitre de « la pratique des vœux de Samantabhadra » [Ce chapitre est le quarantième du « Sūtra de l’ornementation fleurie »].

Le premier point de cette pratique est le repentir. A chaque fois que vous pénétrez dans la salle de méditation, installez-vous sur votre siège, placez vos jambes dans la bonne position, apaisez votre corps et votre esprit. Puis, pratiquez la visualisation suivante : en un clin d’œil, les êtres d’éveil et les Éveillés des trois temps [passé, présent, futur] et des dix directions [les quatre points cardinaux, les quatre points collatéraux, le nadir et le zénith] ainsi que les vénérables maîtres transmettant la Loi emplissent simultanément l’espace-temps. Vous vous prosternez et vous vous repentez devant chaque Éveillé, chaque être d’éveil et les Trois Joyaux. Vous passez en revue tout ce dont vous avez à vous repentir, vous menez une introspection claire et précise ; et vous vous repentez par cette formule prononcée non pas uniquement avec votre bouche, mais avec tout votre cœur et en y mettant toute votre énergie : « Je me repens à présent de tous mes actes karmiques néfastes du passé, du présent et du futur, ayant pour origine l’ignorance, la colère, l’avidité [L’ignorance ou méconnaissance, l’avidité et la colère sont les trois poisons qui, selon le bouddhisme, sont à l’origine de l’errance des êtres dans la roue du devenir et de leur renaissance dans l’un des six royaumes d’existence. Ils sont souvent représentés par trois animaux situés au moyeu de cette roue des existences : le coq, le cochon et le serpent], et engendrés depuis les temps sans commencement par le corps, la parole et l’esprit. [Le corps, la parole et l’esprit constituent les trois portes ou trois joyaux, unités fonctionnelles de l’être animé dans le domaine du désir et celui de la forme] ».

Il ne s’agit pas de prononcer cette parole de repentir uniquement en comptant le nombre de récitations. Il faut vous concentrer avec votre esprit et examiner quelles sont vos pensées confuses et vos imprégnations karmiques. Vous rassemblez vos pensées et vous concentrez, de manière à vous repentir complètement, avec respect et sincérité. Ensuite, peu importe que vous effectuiez ou non une visualisation, il suffit de rendre présente cette seule pensée sincère, cette seule pensée pure de repentir, pour pratiquer parfaitement cette méthode.

Le deuxième point est la formulation des vœux. J’ai écrit pour vous quatre phrases de souhait, que vous devez réciter à chaque fois que vous entreprenez une méditation. Vous devez commencer par vous repentir puis formuler ce souhait, sinon, il vous sera difficile d’être comblés : « Puissent les excellentes méthodes non encore produites, advenir, puissent les actes néfastes encore existants prendre fin. » Les pensées et les méthodes excellentes qui ne sont pas encore apparues dans votre esprit, vous devez ici-même les laisser advenir ; les mauvais actes perpétués depuis des temps sans commencement par le corps et l’esprit ainsi que les souillures et les passions, vous devez les trancher d’un seul coup de sabre et ne plus jamais les laisser venir. Mais il ne s’agit pas de réciter ce vœu n’importe comment, vous devez observer minutieusement votre esprit et émettre ce vœu avec une parfaite sincérité.

Puis, pratiquez la visualisation avec cette intention : « Puissent les Eveillés des trois temps et des dix directions me protéger, puis-je produire rapidement la pensée d’éveil. » Vous visualisez donc les Eveillés des trois temps et des dix directions, tous autant qu’ils sont, ainsi que les êtres d’éveil, les vénérés maîtres et les trois joyaux. Ils emplissent entièrement l’infini Plan de Loi du passé, du présent et du futur. Avec compassion, ils vous protègent et vous confèrent la consécration afin que vous puissiez rapidement produire la pensée de l’éveil suprême.

Ces derniers temps, mon enseignement a porté sur le Mādhyamika et le Vijñānavāda. Aujourd’hui, je vais vous exposer la Vue correcte du Mādhyamika et la sapience. Avant cette session des vacances d’hiver, nous avons lu le onzième chapitre du « Sūtra de Vimalakīrti » sur les pratiques de l’être d’éveil, dans lequel Śākyamuni expose la Loi aux divers êtres d’éveil du royaume du buddha Jixiang et dit qu’il existe une méthode de Loi que les êtres d’éveil doivent appliquer. Quelle est cette méthode ? C’est la porte de Loi de l’épuisable et de l’inépuisable. [L’inépuisable est la caractéristique inconditionnée et détachée des naissances et des morts. Un écrit Chan, le Dun wuru daoyaomen lun explique ainsi cette expression : « Les deux natures (moi et les choses) sont vides. On parle d’épuisable quand la vision, l’audition, etc., ne naissent plus, c’est-à-dire quand tout ce qui a un écoulement est épuisé. L’inépuisable fait référence au fait que, au sein de l’essence non-née, il y a une myriade d’activités merveilleuses. Selon les circonstances, les choses adviennent, tout est parfait et complet, au sein de cette essence il n’y a ni diminution, ni augmentation, voilà ce que désigne l’inépuisable. Telle est la méthode de l’épuisable et l’inépuisable. »]

 

Le « Sūtra du cœur »  est la substantifique moelle
de la porte de la Loi fondée sur la sapience (prajñā)

Reprenons le  « Sūtra du cœur » du cœur » et revenons à la sapience, à la vue correcte grâce à la sapience. Vous savez ce qu’est la sapience, vous savez tous réciter le « Sūtra du cœur ». Aujourd’hui, je vais donc vous transmettre une méthode complète et parfaite à mettre en pratique pour réaliser l’Éveil, d’après ce sūtra. Écoutez avec respect et sincérité, appuyez-vous sur la méthode et non sur moi. Votre aptitude à obtenir quelque résultat spirituel dépend de votre sapience, ainsi que des perfections de vos mérites [Notion importante dans le bouddhisme du Grand Véhicule. Un disciple doit augmenter ses actes positifs (son karma positif) par des actions vertueuses qui lui font accumuler des mérites, rendant les rétributions favorables].

Quiconque pratique constamment l’observance des préceptes (sīla) [C’est l’ensemble des règles et interdits à observer dans la vie quotidienne par les laïc ou les moines, ces règles étant plus nombreuses pour ces derniers], le recueillement (dhyāna), et la sapience (prajñā), réussit [Les préceptes, le recueillement et la sapience sont les trois méthodes sur lesquelles s’appuie principalement le bouddhisme Chan, et qui ont fait partie de l’enseignement de Yuan Huanxian transmis à Nan Huaijin. Ce sont trois des six perfections que cultive l’être d’éveil]. Tout en prenant votre stylo et votre cahier de notes, vous pouvez très bien cultiver le recueillement. Vous prenez votre stylo quand vous en avez besoin et le posez quand vous n’en avez plus besoin. C’est ainsi que vous devez pratiquer. Mais la plupart du temps, quand vous posez votre stylo, vous restez des « êtres ordinaires vous complaisant dans l’oisiveté et vous adonnant au mal », des hommes de peu assaillis par des pensées fausses. Cela, ce n’est pas juste.

La méthode bouddhique du « Sūtra du cœur » ; fondée sur la sapience, est une grande méthode, permettant l’accomplissement ultime selon le Grand Véhicule, grâce à la perfection de sapience [II existe six principales perfections à développer selon le Grand Véhicule : le don, les préceptes, la patience, l’énergie soutenue, le recueillement et la sapience]. C’est pourquoi il est dit dans le « Sūtra du cœur » : « Les Eveillés des trois temps ayant pris pour support la perfection de sapience ont obtenu l’éveil parfait, complet et insurpassable. » Vous n’avez aucune chance de réussir si vous ne cultivez pas la sapience. L’étude du bouddhisme ne consiste pas en croyances superstitieuses ; cela, c’est le fait des religions.

Quand vous étudiez le bouddhisme, vous devez émettre des doutes, poser des questions, par exemple sur ce qu’est la mort, ce qu’est le moi, etc. Vous devez observer, analyser, vous pencher sur un problème et le résoudre complètement. La réussite repose sur la sapience et non sur une attitude superstitieuse, vous devez prendre appui sur la sapience. C’est pourquoi la méthode bouddhique de la sapience est la méthode essentielle plus particulièrement développée par les écoles du Vijñānavāda et du Yogācāra. Cette porte de la Loi de la sapience a pris de l’éclat et de l’ampleur grâce à Nāgārjuna, qui l’a imposée.

L’école du Chan (Zen) est parfois appelée « école de la sapience » ou encore « école de l’esprit », car la sapience est la méthode spirituelle du cœur de tous les bouddhas. Les sūtra développés sur la sapience [En sanskrit vaipulyasūtra. Ce sont les grands sūtra développés du Grand Véhicule, au sens incommensurable, qui répètent en vers le texte déjà exposé en prose et détaillent à souhait les descriptions, tel le « Sūtra de l’ornementation fleurie »], comprenant jusqu’à six cents rouleaux, exposent à la foule des êtres comment parvenir à l’accomplissement du corps de Loi [Dharmakāya, ou corps absolu, l’un des trois corps du Buddha avec le corps de félicité ou de rétribution (sambhogakāya) et le corps d’apparition ou corps d’émanation (nirmāṇakāya)] et à la libération par la réussite de ce procédé bouddhique fondé sur la sapience.

Le « Sūtra du diamant coupeur » [Son nom complet en sanskrit est Vajracchedikā-prajñā-pāramitā-sūtra, « Sūtra sur la perfection de sapience tranchant comme le diamant ». Il fut traduit en chinois par Kumārajīva vers 400. Il est l’un des textes les plus utilisés dans l’école Chan.] est la quintessence extraite des sūtra développés en six cents chapitres sur la sapience, et condensée en un seul rouleau. Le « Sūtra du cœur », comprenant seulement deux cents soixante caractères (deux cent soixante-dix avec le titre) en est la substantifique moelle.

Lisons d’abord le titre : « Sūtra du cœur »  de la grande perfection de sapience. Quelle est l’origine de ce sūtra ? Sāriputra [l’un des dix grands disciples du Buddha, connu pour sa sagesse insurpassable. Il est souvent représenté à la droite de l’Éveillé], un grand disciple de l’Éveillé, interroge ce dernier sur la méthode bouddhique de la sapience et l’Éveillé demande à Celui Qui-contemple-les-choses-telles-quelles (Guan Zizai, Avalokiteśvara) de lui répondre. Sāriputra a posé des questions et Avalokiteśvara lui a répondu. C’est la transcription de ce dialogue qui forme le « Sūtra du cœur », l’un des plus beaux classiques transmis à la postérité. J’ai, par le passé, commenté de nombreuses fois cet enseignement. Cette fois-ci, je vais à nouveau enseigner cette méthode de contemplation grâce à la sapience, c’est-à-dire, comme je l’ai déjà mentionné précédemment, une méthode pour parvenir rapidement à l’éveil.

Il faut d’abord bien comprendre le texte original de ce sūtra qui commence ainsi :

« Alors que l’être d’éveil Qui-contemple-les-choses-telles-quelles (Guan Zizai, Avalokiteśvara) s’adonnait à la profonde pratique de la perfection de sapience, il contempla et vit à la lumière de la sapience que les cinq agrégats sont vides. Il s’affranchit ainsi de toutes les souffrances. »

Faites bien attention à la fin de ce paragraphe, où il est affirmé que l’être d’éveil a ainsi franchi toutes les souffrances. Si nous examinons la doctrine bouddhique, les méthodes exposées par l’Éveillé relèvent de deux voies. La première, celle du Petit Véhicule, se fonde du début à la fin sur les quatre nobles vérités : tout est souffrance, il y a une origine à la souffrance, une fin à la souffrance et une cessation à cette dernière. Les souillures mentales (kleśa) sont souffrance, la vie et la mort sont une grande souffrance et, à partir du moment où l’on naît, inévitablement l’on s’achemine vers la mort. Les quatre grandes étapes de la vie que sont la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort sont souffrance. Comment résoudre cette souffrance ? Comment parvenir à s’en libérer ? Il ne tient qu’à nous de réaliser la Voie, d’anéantir toutes les pensées fausses [En chinois wangxiang ; wang désigne ce qui ne correspond pas à la réalité ce qui est faux, erroné, illusoire. Cela vient, d’après le bouddhisme, de ce que la sixième faculté de connaissance distingue toutes sortes d’attributs des choses. L’être ordinaire s’accroche à ces attributs, en fonction de leurs qualités, on s’accroche ainsi à l’irréel. Par les pensées fausses, l’individu se ligote lui-même, comme le ver à soie dans son cocon.] et les souillures mentales, de dissiper l’effet de tous les actes karmiques, de se libérer de cette souffrance et de s’en détacher pour connaître la félicité.

Mais les êtres ordinaires prennent la souffrance pour une joie, ils accumulent toutes sortes de souffrances qu’ils prennent pour une joie réelle, ils courent après ces souffrances qu’ils prennent pour une joie réelle. C’est pourquoi l’Éveillé a dit que la foule des êtres avait l’esprit inversé [diandao : en raison de l’ignorance originelle, l’individu a l’esprit inversé, il prend la souffrance pour du bonheur, s’imagine que les choses durent et prennent toutes les choses distinctes pour l’essentiel, il s’accroche au phénoménal et perdent le nouménal. Cette vue distordue ou inversée est l’origine de toutes les souillures mentales, des passions et des soucis.].

 

La forme et la vacuité

Comme certains n’arrivent pas à comprendre l’identité des formes et de la vacuité, l’être d’éveil Qui-contemple-les-choses-telles-quelles-sont a donné des explications à Sāriputra. Dans le « Sūtra de la marche héroïque » [Le Śūrangamasūtra est un sūtra apocryphe du VIIIe siècle attribué à Pāramiti], l’Éveillé enseigne une méthode légèrement différente, qui consiste à faire retourner à la vacuité les cinq agrégats les uns après les autres.

Le premier est l’agrégat de la forme (composé de quatre éléments : terre, eau, feu, vent). Comment arriver à faire retourner ce corps humain à la vacuité ? Quand vous pratiquez la méditation, même si vous êtes assis dans un état de bien-être, la sensation de votre corps subsiste, car l’agrégat de la forme n’est pas retourné à la vacuité. Pourquoi ? Parce que les productions engendrées par la terre, l’eau, le feu et le vent se sont accumulées. La terre correspond aux muscles, aux tendons et aux os ; l’eau correspond aux divers liquides organiques et au sang ; le feu correspond à la chaleur de la force vitale et le vent, à l’énergie dans les canaux. Pourquoi douter de l’existence des canaux de souffle ? Il y a tout naturellement dans le corps du souffle en mouvement, et sans le souffle, on meurt.

L’école du bouddhisme ésotérique exerce les canaux de souffle, elle élucide d’abord la question des quatre éléments, faciles à faire retourner à la vacuité pour ainsi en finir avec l’agrégat de la forme. Mais qui donc exerce ces canaux de souffle ? C’est là une question qui ne relève pas des canaux de souffle. Tant que vous n’avez pas bien cultivé les canaux de souffle, le souffle karmique des quatre éléments de notre corps de chair crée des obstacles, ne parlons même pas de vider les pensées, les sensations elles-mêmes ne peuvent être vidées. Tant que l’agrégat de la forme n’est pas retourné à la vacuité, l’agrégat de la sensation peut difficilement être éliminé. Du matin au soir, tantôt vous avez mal à la tête, tantôt vos jambes sont engourdies ; si vous ne mangez pas assez, vous avez faim, si vous mangez trop, vous avez le ventre ballonné, vous êtes sujet à toutes sortes de sensations. Vous ressentez du mépris pour autrui qui alors se met en colère ou bien, si l’on vous déconsidère, vous en concevez de la haine. Vous êtes grisé par l’agrégat de la forme et ne pouvez vider vos pensées, encore moins faire retourner à la vacuité l’agrégat de la volition, qui est votre force vitale inhérente. Vous transmigrez dans la roue du devenir (saṃsāra). Lorsque la maladie survient, vous n’avez aucun moyen de l’éviter et, quand sonne l’heure de la mort, vous ne pouvez y échapper, vous ne maîtrisez ni votre cœur ni vos facultés de connaissance.

C’est pourquoi les Eveillés, les êtres d’éveil et les amis de bien ont inventé diverses méthodes. Pour réaliser la vacuité à partir du corps, il faut cultiver les canaux de souffle. Pour accomplir la vacuité à partir de l’esprit, il faut cultiver les méthodes de la quiétude et de la contemplation. Pour accomplir la vacuité à partir de la dévotion, il faut se concentrer sur l’Éveillé, la Loi et la communauté bouddhique [Ce sont les trois joyaux, dans lesquels le disciple bouddhiste prend refuge. Il leur rend un hommage chaque jour, plus particulièrement les moines lors des liturgies quotidiennes.]. Les quatre-vingt-quatre mille méthodes bouddhiques sont des savoirs différenciés, des méthodes développées à partir de la sapience initiale dont elles sont issues. Est-il possible que, dans le domaine des éléments de la forme il n’y ait pas d’activité des canaux de souffle ? Le corps et l’esprit ne se transforment-ils pas sans cesse ? Parfois vous imaginez-vous que vous pénétrez parfaitement la Loi bouddhique parce qu’aujourd’hui vous êtes capable de ne pas vous mettre en colère ? Si jamais le feu de votre foie devient trop vif [Allusion à des conceptions de la médecine chinoise traditionnelle. Chacun des cinq éléments constituant le monde, le bois, le feu, le métal, la terre et l’eau est associé à l’un des cinq organes principaux du corps, de même que leur est associé une émotion de base. Si l’un des éléments est en déséquilibre, cela entraîne des symptômes divers. Le feu du foie en excès peut créer de la colère. En chinois, on dit d’ailleurs de manière élégante de quelqu’un « qu’il a un grand feu du foie » plutôt que de dire directement qu’il est coléreux.], alors vous vous emportez et ne vous maîtrisez plus. Vous êtes gouverné par les agrégats de la forme, de la sensation, de la pensée et de la volition, vous n’êtes absolument pas maître de vous-même, c’est eux qui vous utilisent et non vous qui les utilisez.

Ainsi, dans la deuxième section du sūtra, l’être d’éveil empreint de compassion dit à Sāriputra, comme dans un soupir : « Śāriputra, la forme n’est autre que la vacuité, la vacuité n’est autre que la forme, la forme est vacuité, la vacuité est forme. » L’être d’éveil explique d’abord le principe originel de cette pratique pour le premier des cinq agrégats : celui de la forme. Sans passer par la pratique des canaux de souffle, il est néanmoins possible de les débloquer. Le corps physique et les canaux sont faits de souffle karmique. Tant que celui-ci subsiste, sa puissance s’installe dans la région du poumon dont l’activité se modifie ou provoque des maladies. Il est possible d’utiliser pour seule méthode la contemplation quotidienne conformément aux principes et aux instructions. Cependant, la méthode de visualisation du squelette, qui consiste à visualiser tous les os du squelette dépouillés des autres éléments du corps et se transformant en lumière, est une méthode de base pour résoudre le problème de l’agrégat de la forme. Cette contemplation, comme celle de l’impureté du corps, sont des méthodes conditionnées, destinées aux êtres incapables de voir la vacuité de la forme. Lorsque, dans la contemplation du squelette, celui-ci devient lumière, et lorsque cette lumière devient vacuité, vous « voyez à la lumière de la sapience que les cinq agrégats sont vides » et toutes les souffrances sont dépassées. Même si vous n’arrivez pas à visualiser le squelette, il vous faut cultiver cette méthode. La contemplation du squelette et celle de l’impureté du corps font partie des premières méthodes que l’Eveillé a transmises à ses disciples et a recommandées maintes fois de pratiquer. Les hagiographies et les sūtra bouddhiques nous fournissent nombre d’exemples de disciples contemporains de l’Éveillé ayant réalisé le fruit de l’éveil par la visualisation du squelette. Cette méthode conditionnée est la meilleure porte de la Loi pour faire retourner l’agrégat de la forme à la vacuité.

En dehors de cela, il existe bien d’autres chemins, comme dans le bouddhisme ésotérique la pratique des canaux de souffle, celle de la goutte de lumière ou encore de la chaleur psychique, mais une fois que l’on a réussi ces méthodes, qu’en est-il ? La chaleur psychique n’est pas un feu, s’il y a un feu qui se forme, c’est l’accomplissement de la contemplation du feu et finalement il faut encore le faire retourner à la vacuité et, malgré un cheminement différent, on en revient au même point que dans les autres méthodes. Quand on exerce les canaux de souffle, on n’en a pas fini pour autant une fois que l’on a réussi cette pratique. Il est vrai que la pratique des canaux de souffle est une étape nécessaire au cours du cheminement sur la Voie, mais ce n’est pas l’accomplissement ultime.

 

La forme n’est autre que la vacuité,
la vacuité n’est autre que la forme

Si, plutôt que d’employer les méthodes de visualisation mentionnées ci-dessus, vous empruntez directement le chemin de la sapience, comment faire retourner l’élément de la forme à la vacuité ? Par la contemplation. Vous contemplez intérieurement, vous contemplez l’élément de la forme, qui est précisément vacuité. Une personne douée d’une sapience suffisamment développée pénètre dedans dès le début de la contemplation : son corps appartenant à l’élément de la forme est vacuité. Si la force de la sapience est insuffisante, il vaut mieux cultiver une méthode conditionnée, telle que la visualisation de l’impureté du corps, ou celle du squelette, pour parvenir à la vacuité.

Mais parvenir à la vacuité, est-ce le but ultime ? Est-ce terminé une fois que les canaux de souffle sont retournés à la vacuité ? Non ce n’est pas encore le but ultime !
Car il est dit dans le sūtra : « Sāriputra, la vacuité n’est autre que la forme. » Une fois parvenu à la vacuité, cette vacuité ne doit pas subsister, car tout état de vacuité, de pureté, est un phénomène issu de l’élément de la forme, dont il ne diffère en rien. C’est pourquoi, si dans un premier temps on vous a montré quelque chose relevant de l’état d’arhat du Petit Véhicule, sachez ensuite que « la vacuité n’est autre que la forme. »

Avez-vous réalisé la vacuité ? Cette vacuité elle-même doit être vide, « la vacuité n’est autre que la forme. » La vacuité reste toujours une pureté phénoménale, qui se manifeste comme une transformation de l’esprit, de la faculté de connaissance, mais il y a encore appropriation.

Une fois réalisé que « la vacuité n’est autre que la forme », et que cette vacuité doit être vide, vous n’êtes pas encore au but, car « la forme est vacuité, la vacuité est forme. » Autrement dit, l’élément de la forme lui-même est vacuité, il est inutile de chercher à le « vider ». La nature innée, à chaque instant, se modifie, d’instant en instant, elle se déplace ; dès l’origine elle ne demeure nulle part, alors, pourquoi la « vider » ? Tel est l’état de conscience du Grand Véhicule : « la forme est vacuité, la vacuité est forme. »

C’est grâce à cette vacuité originelle qu’existent la forme, le corps et l’activité dans le monde matériel. N’allez pas à la recherche d’une autre vacuité et vous imaginer que c’est là la Voie ultime. S’il existe encore un vide, vous êtes dans l’erreur, parce que ce vide relève encore de l’existence. Toutes les méthodes existantes, tous les phénomènes de l’univers, existent en raison de la vacuité. Sans la véritable vacuité, toutes ces productions dépendantes ne sauraient exister. Une pièce qui n’est pas vide n’est d’aucune utilité : c’est parce qu’elle est vide qu’elle peut avoir toutes sortes d’usages.

Tous les éléments naissent de la vacuité et s’éteignent dans la vacuité. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas naissance et extinction dans la vacuité, il y a naissance et extinction, mais cela se fait librement. L’Ainsi-venu ne vient de nulle part et ne va nulle part ; la nature innée est fondamentalement vide. C’est pourquoi on parle de la « vacuité de la nature des productions dépendantes ». Dire que « la vacuité est forme et que la forme est vacuité », n’est pas poser deux choses différentes, à savoir la vacuité et l’existence, donc pourquoi s’ingénier à rendre vide l’élément de la forme et agiter vainement son esprit ? Pourquoi ne seriez-vous pas capable de créer tous les éléments, de produire toutes les activités merveilleuses ? Celui qui en est capable est parvenu à l’accomplissement du Grand Véhicule.

Le « Sūtra du cœur »  commence ainsi : « Alors que l’être d’éveil Qui- contemple-les-choses-telles-quelles s’adonnait à la profonde pratique de la perfection de sapience, il contempla et vit à la lumière de cette sapience que les cinq agrégats sont vides. Il s’affranchit ainsi de toutes les souffrances. » Avec cette phrase, toute la doctrine a déjà été transmise. Mais comme Avalokiteśvara sait que vous n’arrivez pas à cette vacuité, il poursuit : « Sāriputra, les cinq agrégats sont vides. » Hélas, ce n’est pas si facile à réaliser, et le premier élément, celui de la forme, est difficile à maîtriser. Sans aller jusque-là, êtes-vous seulement capable de faire retourner à la vacuité la conception d’un corps ?

Lorsque vous êtes assis en méditation, il arrive un moment où vos jambes s’engourdissent, car vos canaux de souffle relevant de l’élément de la forme sont bloqués, du fait que vous n’arrivez pas à faire retourner à la vacuité cette conception d’un corps. Sans ces canaux de souffle, vous pourriez rester assis là sans problème pendant des milliers et des milliers d’années. Vous avez tous sur le bout des lèvres cette phrase : « les cinq agrégats sont vides », mais y arrivez-vous ? Si vous y arriviez, vous auriez réussi, vous auriez accompli la bouddhéité et vous n’auriez plus besoin de pratiquer. Vous seriez parvenu au stade où il n’y a plus rien à apprendre. Comme cet élément de la forme n’est pas facile à rendre à la vacuité, le sûtra continue : « Sāriputra, la forme n’est autre que la vacuité, la vacuité n’est autre que la forme » : il n’existe pas de différence entre la forme et la vacuité. Mais si vous ne vous accrochez ni à la vacuité, ni à la forme, êtes-vous pour autant dans un état juste ? Pas encore, vous n’avez pas suffisamment appliqué votre esprit sur le fait que « la forme est vacuité ». L’élément de la forme est vide à l’instant même, inutile de parler de saisie ou de lâcher-prise de la forme, car « la vacuité est forme ».

 


Pour en savoir plus

Huaijin-Nan_Sutra-du-coeur.jpegLe Sûtra du cœur – Nan Huaijin ; traduit du chinois par Catherine Despeux – éd. Les deux Océans – 18,00 €

Le « Sûtra du cœur » est un condensé des principales notions du bouddhisme, depuis les quatre Nobles Vérités qui fondent cette doctrine, jusqu’à la théorie des cinq agrégats constituant le moi, la chaîne conditionnée de coproduction dépendante, la constitution du monde à travers les organes des sens ; l’exposé de ces notions souligne l’importance de la sapience ou prajña comme élément essentiel pour réaliser l’identité de la vacuité et des phénomènes.

Nan Huaijin est un des grands maîtres laïcs du Chan dans la Chine du XXe siècle ; il est un des plus célèbres et aussi des plus controversés en Chine populaire comme à Taiwan...

achetez-chez-amazon.gif   Le sûtra du coeur - Nan Huaijin

 

Du même auteur...

Nan-Huaijin_L-experience-de-l-eveil.jpgL'expérience de l'éveil – Nan Huai-chin ; traduit du chinois par Catherine Despeux – éd. Le Seuil, coll. "Points Sagesses" – 7,60 €

L'un des plus grands maîtres Chan (Zen) présente l'essence de la méditation bouddhique en prenant appui sur de grands textes classiques, sur son expérience personnelle, et sur des exemples pris dans la vie quotidienne. En commentant, le Sûramgama sûtra, très prisé dans le bouddhisme Chan, l'auteur énumère les dangers qui guettent le méditant et donne des jalons sur le cheminement. Il explique ensuite certaines paraboles du Sûtra du Lotus à partir d'exemples quotidiens. Enfin, il présente les dix méthodes classiques de concentration à partir des Agama sûtra et de l'Abhidharmakosa. Nan Huai-chin plonge au cœur de l'expérience pour conduire sur le chemin ceux qui, en fin de compte, devront le parcourir par eux-mêmes.

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